Exposition: Transarchitectures 02
Commissaires: Odile Fillion et Michel Vienne

 


Nouvelles communications, nouvelles urbanités
Les nouveaux réseaux, les communautés virtuelles et la ville

La transformation de la ville face aux technologies de l'information.

La téléprésence offre à l'homme un grand nombre de nouvelles manières d'être: "être" dans un lieu sans y être physiquement.(1) Préfigurée par le téléphone et la télévision, la téléprésence permet d'être interactif, de voir, d'entendre, de manipuler des objets qui n'existent pas, de parcourir des espaces en ayant la conviction de la réalité et de la présence des uns et des autres.

D'autre part , les télécommunications nous permettent d'être potentiellement doués d'ubiquité et de concevoir des espaces libérés: des entreprises s'installent avec les mêmes atouts sur des territoires indifférenciés, des habitants travaillent essentiellement chez eux, profitant de systèmes de télécommunication à haut débit.

Dans le champ des transactions humaines une nouvelle compétition apparaît entre présence physique et téléprésence.(2) Le monde virtuel ne se substitue pas au monde physique, nous disposons d'une alternative dont les conséquences influent sur la structuration de l'urbain.


Cité virtuelle ou ville réelle?

Le global sera une chance pour le local:

les télécommunications induises de nouvelles urbanités.


Certains prophétisent une vie future dans un univers électronique uniforme, une banlieue formée d'espaces identiques, d'autres pensent que l'on cherchera plutôt à s'établir dans les lieux à haute valeur ajoutée culturelle et esthétique. Les villes qui possèdent cette véritable valeur s'en sortiront le mieux sur le long terme. On assistera à la formation d'un nouveau modèle de communauté locale, plus dense, organisée autour du piéton et non de l'automobile.

En revanche, les lieux menacés par la révolution technologique sont les plus culturellement et socialement pauvres, qui n'ont à offrir que leur simple commodité, mais cela devrait nous inciter à créer des lieux beaucoup plus vivables et intéressants.

Dans une agglomération plusieurs centres se développeront et l'existence d'un bon réseau de télécommunications deviendra aussi fondamental pour une ville que celle d'un bon réseau de transports. Cela constitue donc un énorme changement structurel. Nous assisterons alors à une marginalisation progressive du schéma classique du commuting, c'est-à-dire des trajets quotidiens massifs entre des banlieues éparses et centres d'affaires très denses.


L'architecte Richard Rogers (3) s'interroge à développer une architecture qui exprime et célèbre l'accélération des changements sociaux, techniques, politiques et économiques ; une architecture faite de permanence et de transformation, où prennent place vitalité urbaine et dynamique économique et se reflètent l'évolution et le recoupement des fonctions.
Les architectes et les urbanistes ont à imaginer de nouveaux prototypes d'organisation spatiale et d'habitat intégrant les nouvelles technologies. Les villes à l'avenir ne seront plus zonées en ghettos voués à une seule activité. Vie, culture, travail, commerce, enseignement, loisirs se chevaucheront, abrités par des structures continues, variées et changeantes.

Edifices, villes et citoyens constitueront un organisme indivisible, abrité par une structure cadre parfaitement adaptée et en perpétuel changement. L'invention d'une architecture assumant les nouvelles technologies suppose la rupture avec l'idée platonicienne d'un monde statique, qui s'exprime dans un produit fini parfait auquel on ne peut rien ajouter ni rien retirer, concept qui a dominé l'architecture depuis ses origines.


Mais le philosophe Thierry Paquot pose la question comment "habiter" un espace virtuel? L'homme n'existe qu'au regard de l'Autre, cet Autre dont l'étrangeté même assure l'humanité de leur relation. La distance sans espace et le temps sans durée peuvent-ils autoriser cette relation spécifique, précaire et néanmoins constitutive de tout humanisme?

Selon Ricardo Petrella, il conviendra de maîtriser les nouveaux flux et les nouvelles mobilités en créant des lieux d'échanges et de rencontres, des forums, des espaces publics: "Il faut des villes pleines de portes et de fenêtres, avec des places, des coins de rues et des chemins de campagne, C'est le prix de la démocratie locale".



(1) in les réalités virtuelles, Claude Cadoz.
(2) William J. Mitchell - MIT, in Urbanisme 292, fév.97.
Richard Rogers, in L'architecture du futur, Terrail.
Thierry Paquot, in Urbanisme 292, fév.97.

7/98 Michel Vienne Architecture & Prospective /
Reseach center-Bruxelles

 


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