Les capteurs de rêves


� propos de l'Autoportrait de Dieu (pour mon p�re)

La représentation du divin a occupé pendant des siècles les ateliers des sculpteurs. Ils l'ont objectivée dans la pierre, dans le plâtre, polychromée, pendue aux églises ou ancrée sur les places sous les traits idéalisés de la figure humaine. Dieu, disait-on, a créé l'Homme à son image et à sa ressemblance.

Ma statue est un portrait que Dieu aurait pu faire de lui-même. Sa forme n'échappe pas non plus à l'anthropomorphisme, mais elle est élaborée ici suivant le modèle ludique que nous offrent les enfants, l'hiver venu. Cet autoportrait de Dieu, sorte de figure cosmologique, trois têtes, un personnage rudimentaire, tire son essence de ces bonshommes sans traits que les enfants modèlent grossièrement avec cette âpre matière blanche venue du ciel et dont la vraisemblance tient au foulard, au chapeau et aux autres objets plantés dans ces cristaux étrangers.

Il y a quelque part, dans l'espace infini de Dieu, un endroit où sévissent des chutes de culture poussées par les fortes dépressions des hommes. Dieu à son tour transforme cette âpre matière venue du temps en des bonsdieux aussi grands que l'univers, auxquels il greffe des absolus, des éternels et des illimités pour leur donner quelque vraisemblance de déité et repousser ainsi dans l'oubli le temps étranger.

Gilles Mihalcean, 1998.


 

cv de l'artiste

 


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